Cœur asile

Ill. POÉSIE / Luc Pallegoix, 2017.

COEUR ASILE

Je suis demandeur…
Demandeur d’asile,
Au pays de votre cœur.
Accoster votre île,
Trouver la douceur.

Je suis demandeur…
Demandeur fébrile,
Avec ses doutes et ses peurs,
Parti en exil,
Pour fuir la douleur.

Je suis demandeur…
Demandeur fragile,
Voulant un peu de bonheur,
Ce truc volatil
De toutes les couleurs.

Je suis demandeur…
Demandeur d’asile,
Au pays de votre cœur.
Serez-vous cette île
À l’œil rieur?

Sylvain

Ill. Coeur asile / Luc Pallegoix, 2017.

Madame Morin bombarde Berlin!

Devoir de mémoire - Duty of memory / Illustrations par Luc Pallegoix

MADAME MORIN BOMBARDE BERLIN

J’ai éclaté de rire en voyant cette vieille affiche! Madame Morin, dessinée avec de belles frisettes, souriante, laissait tomber une énorme bombe de son petit avion.J’ai dévalé l’escalier du grenier en rigolant. «Mais qu’est-ce que c’est que ça, Tata Elsie?», ai-je hurlé. En voyant le visage de ma grand-tante Elizabeth s’assombrir, j’ai eu l’impression d’avoir fait sauter une bombe dans le salon. Sans le savoir, je tenais dans mes mains un bout de l’histoire des femmes canadiennes!

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Je porte le même prénom que ma grand-tante. Je savais qu’elle avait été la première femme ingénieure en aéronautique au monde. Mais je ne connaissais pas son surnom de «Reine des Hurricanes», obtenu à titre d’ingénieure chargée des avions de combat canadiens au cours de la Seconde Guerre mondiale. «Ces Hawaker Hurricanes furent déterminants lors de la bataille d’Angleterre», me dit-elle. Tata était une héroïne de guerre!

Elle m’a alors relaté l’histoire du rôle des femmes pendant les deux grandes guerres et de leurs droits qui y sont étroitement liés.

Tata m’a raconté l’histoire des milliers «d’oiseaux bleus» de la Première Guerre mondiale. Ces infirmières canadiennes surnommées ainsi en raison de leur robe bleue et de leur voile blanc. Elles ont été 2 500 à traverser l’Atlantique pour servir dans les zones de combat.

Elle m’a expliqué le droit de vote qui fut accordé en 1917 à ces «oiseaux bleus» et aux Canadiennes dont les époux, les fils et les frères avaient servi durant la guerre. Une première grande victoire pour les Canadiennes!

Elle m’a longuement appris comment ces guerres avaient profondément modifié le rôle des femmes. Les hommes partis au combat, ce sont elles qui firent fonctionner le pays.

Lors de la Première Guerre mondiale, elles furent près de 30 000 à sortir de leur maison pour travailler dans des usines, des bureaux et des fermes. Durant la Seconde Guerre mondiale, elles furent des centaines de milliers à faire prospérer le Canada. À la fin de ce conflit, les Canadiennes savaient qu’elles pouvaient occuper tous les corps de métier!

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Tata m’a aussi parlé des 50 000 femmes qui avaient servi dans les Forces armées canadiennes de 1941 à 1945. Des mécaniciennes, des arrimeuses de parachutes et des radiotélégraphistes sans qui la Seconde Guerre mondiale n’aurait pas pu être gagnée par le Canada et ses alliés.

Je ne savais pas non plus que Madame Morin, en achetant chaque semaine des «timbres d’épargne de guerre» en faisant son épicerie, avait financé la participation du Canada à la guerre contre les nazis. De son avion, c’est sur une croix gammée qu’elle jetait sa bombe.

Devant moi, ce n’était plus Tata Elsie qui parlait. C’était Elizabeth MacGill, ingénieure de renommée internationale, personnage clé de la Seconde Guerre mondiale et grande militante des droits des femmes depuis plus de 50 ans.

Ce jour-là, j’ai compris l’importance des femmes dans l’histoire de mon pays. Elles avaient osé, elles aussi, défendre ce à quoi elles croyaient, malgré les doutes et les craintes.

Ce fut ma dernière rencontre avec Tata. Elle est décédée le jour suivant, le 4 novembre, «l’œil toujours aussi pétillant», m’a dit ma mère.

La petite Elsie qui deviendra grande, elle aussi.
Décembre 1980

piedTexte : Sylvain Dodier – Illustrations : Luc Pallegoix ©2016

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Le poète, la poétesse…

Ill. POÉSIE / Luc Pallegoix, 2017.

Le poète, la poétesse 

Le poète est celui qui crée des poèmes. Tu en as certainement déjà lus à l’école ou à la maison. Ce sont généralement de petits textes rythmés, qui riment souvent à la fin de chaque ligne… Ces artistes maîtrisent l’art de combiner les mots, les sonorités, les rythmes pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions. C’est ce qu’on appelle la poésie.

Les règles en poésie sont multiples. Mais il faut se rappeler qu’elles ne sont, en réalité, que des jeux et des défis lancés d’un poète à un autre ou d’un poète à lui-même. Ce ne sont pas des lois divines, immuables!!! Les variantes sont nombreuses, exactement comme il existe des règlements différents qui régissent le football américain, le soccer et le rugby. Pourtant, il s’agit toujours de sports qui se jouent avec un ballon et, généralement, sur du gazon…

Avec les mots, on écrit des phrases, avec les phrases des textes. Toutes sortes de textes! Le poème, bien qu’il puisse parfois être uniquement verbal ou même fait d’une suite de sons sans signification apparente, est généralement un texte. Un texte avec ses particularités, ses marottes, en voici quelques-unes…

vers

Le vers
Le vers désigne une ligne dans un poème. Attention, chaque ligne n’est pas nécessairement une phrase! Il faut parfois plusieurs vers pour former une phrase!!! Ce qu’il faut retenir comme règle de base, c’est qu’on met généralement une idée par vers!

pieds

Les syllabes ou les pieds
Souvent, mais pas toujours, les vers d’un poème possèdent un nombre de syllabes comptées. Le poète s’amuse à écrire chacun de ses vers selon une règle précise qui appartient à un jeu particulier ou à un type de poème. Un poème en alexandrins, par exemple, est un poème où chaque vers comporte 12 syllabes sonores.

strophe

La strophe
Si on divise habituellement un texte en paragraphes, en poésie, on rassemblera les vers en strophes. Les strophes sont les paragraphes d’un poème.

rythme

Le rythme
Un poème n’est pas une chanson, bien que parfois on puisse chanter un poème!!!! Mais, le secret d’un « bon » poème est souvent son rythme. En jouant avec le nombre de syllabes d’un vers et le nombre de vers, le poète crée un rythme. De petits vers courts donneront l’impression d’un rythme rapide, d’une accélération. Des vers longs donneront l’impression d’un rythme ralenti. Entre les deux, tout est possible!

aliteration

L’allitération.
Voici un grand mot à l’allure fort sérieuse. Pourtant, il désigne un des grands plaisirs de l’écriture poétique. La répétition voulue, à travers les mots d’un vers ou d’un poème, de mêmes consonnes de manière à créer une sensation précise. Pour la douceur, par exemple, on optera pour le « s » qui caresse, soupire et laisse s’épanouir nos souvenirs! Chaque son s’associe aisément à une émotion, une sensation. À toi de découvrir!

Sylvain

Sarcelle — Le chant qui enlève la peur

sarcelleCe conte envoûtant, inspiré de la tradition huronne-wendate, révèle aux petits (et à leurs grands) la voie à suivre pour transformer une peur pétrifiante en de petites plumes chatouillant le ventre.
Un album d’une grande beauté et d’une finesse exquise. Une petite fille et ses peurs, une grand-mère et ses chants… un conte initiatique dont les mots et les images nous portent doucement de la crainte à l’allégresse à travers les songes. Un album au souffle poétique enveloppant.
Si comme moi notre monde vous fait parfois peur, laissez-vous porter par ce récit. Vous en sortirez inévitablement changé et serein, car « (…) l’esprit est comme un cerf-volant dans le monde des rêves. » Chantez et dansez maintenant !

Paré, Hélène (2015). Sarcelle — Le chant qui enlève la peur. Montréal : Planète rebelle.

Sylvain

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L’étrange zoo de Lavardens

letrangezooCet album est exquis ! Une courte histoire amusante, finement ciselée, avec juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous étonner. À l’instant où l’on croit maitriser l’intrigue, Thierry Dedieu s’amuse de nous telle une gazelle sautillante.
Les illustrations – aussi de Dedieu – sont sublimes : teintes sombres, approche vieillotte, détails succulents. De quelques traits, le créateur nous fait basculer dans un univers d’un autre temps, celui où Monsieur le Vicomte n’avait plus un sou. Mais ça, c’était avant qu’il n’ait l’idée de transformer le parc de son château en zoo ! Une idée fort audacieuse qui, vous ne pouvez même pas l’imaginer, va bouleverser bien des vies…
Vous en dire plus serait un crime de lèse-majesté !
Croyez-moi, on sort de ce livre le sourire aux lèvres et on en recommence la lecture immédiatement. C’est l’album idéal pour vous amuser avec les enfants de votre entourage avec élégance et raffinement. Je parie à l’avance que l’album souvenir qui complète ce livre vous donnera envie de créer votre propre bestiaire familial !
En cette époque où nous jouons à qui mieux mieux avec notre image publique dans les médias sociaux, il est difficile de ne pas se demander après cette lecture si nous ne serions pas tous, au fond, des résidents de Lavardens : des chamoises, des cerfourous ou des ratouzelles qui pavanent avec panache.

Dedieu, Thierry (2014). L’étrange zoo de Lavardens. Paris : Éditions du Seuil.

Sylvain

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La négociation…

Ill. POÉSIE / Luc Pallegoix, 2017.

LA NÉGOCIATION

Parfois, on en ignore la raison,
surgissent des complications.
Une mauvaise action,
un geste posé sans réflexion
ou par inattention…
et surgit la confrontation.

Alors certains se «crêpent le chignon»,
d’autres s’engueulent à profusion
ou s’invectivent à coup de gros noms :
«Trognon!» , «Tartampion!»,
et «Gros gibbon!»
ou le plus prisé «Faux jeton!»

Une escalade en tourbillon
qui se terminera, nous le savons,
en queue de poisson.
Personne n’aura raison,
chacun s’ancrant dans ses positions,
bouchant le ciel à tout horizon.

Ne soyons pas polissons
et, avec notre tête, réfléchissons.
Ouvrons donc une discussion!
L’un donne son opinion
et l’autre exprime ses convictions.
Voilà déjà pointer le nez d’une solution!

Sylvain

LES FOURMIS - Le trognon / Illustration Luc Pallegoix

Le jardinier qui cultivait des livres

LeJardinierQuiCultivaitDesLivres.jpgQue dire de ce livre sans vous en dévoiler les secrets? Le titre en lui-même dit tout: Le jardinier qui cultivait des livres.
Un vrai de vrai jardin de livres qui poussent dans la terre. Si cette seule évocation ne pique pas votre curiosité, je ne sais pas si vous avez les enzymes qu’il faut pour absorber la poésie de ce livre!
Tout dans cet album est un pur délice: l’intrigue, la manière d’écrire, les illustrations.
«Il était une fois, un jardinier passionné de livres. Plus que tout, il aimait raconter des histoires aux gens de son village. Il allait même cogner de porte en porte pour lire ses extraits préférés à toute heure du jour et de la nuit. Malgré ses récits captivants, les gens en eurent assez de se faire déranger durant leur sommeil. Si bien qu’ils le chassèrent du village.»
Réfugié dans une vallée éloignée, la vie d’ermite de notre jardinier sera bouleversée par la rencontre d’une petite fille. Ah! Et puis je ne vous en dis pas plus!
Laissez-vous tout bonnement envelopper et bercer par les mots de Nadine Poirier et les illustrations de Claude K. Dubois. Vous ne le regretterez pas, c’est certain. Comme moi, à la dernière page, vous aurez envie de faire un gros câlin aux enfants de votre entourage en soupirant de tendresse: «Hummmm!»
Vraiment, un sublime album. Que dire de plus?

Nadine Poirier (2016). Le jardinier qui cultivait des livres (illustré par Claude K. Dubois). Sherbrooke: Éditions D’eux .

Sylvain

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