De la couleur

Les armoiries - Textes et illustration de Luc Pallegoix

DE LA COULEUR

Nous avons vu dans la première étape qu’il y avait le choix pour la forme de l’écu. Poursuivons la composition en voyant quelles couleurs nous pourrions utiliser.

En simplifiant, il y a trois catégories de couleurs nommées les métaux, les émaux et les fourrures. C’est important, parce que la règle de l’héraldique veut qu’on ne mette pas côte à côte ou l’une sur l’autre des couleurs appartenant à la même catégorie.

Pour LES MÉTAUX, c’est simple, il y a l’or et l’argent qui sont en fait le jaune et le blanc.

Pour LES ÉMAUX, c’est un peu plus compliqué. Il y a le gueules (*)  qui est en fait le rouge probablement en raison de la couleur de l’intérieur de la gueule des animaux.Il y a également l’azur qui indique le bleu, comme dans l’expression un ciel azur. Le vert se dit sinople, et le noirsable.

Si les couleurs sont nommées les émaux, c’est peut-être parce que pour colorer les armoiries sur le bouclier d’un chevalier, de la peinture n’aurait pas été assez résistante aux chocs des combats et des tournois. Cela aurait privilégié le choix de la technique de l’émail. Pour ce faire, l’artisan dispose de petites poudres de couleur appelées pigments sur l’objet que l’on veut colorer. Une fois satisfait, l’ensemble est cuit à très haute température faisant prendre aux couleurs tout leur éclat et les rendants très solides. Avec cette technique, il est possible d’émailler différents objets pour fabriquer des bijoux autant que des casseroles colorées qui résistent à la chaleur de la cuisson des aliments, bien moins importante que celle nécessaire pour cuire l’émail.

Pour LES FOURRURES, nous avons le vair et l’hermine.
Comme ce sont des couleurs à motifs, reportez-vous à l’illustration plus pertinente qu’une longue explication. Ajoutons toutefois que l’hermine en hiver est un animal au pelage blanc avec une petite touffe de poils noirs au bout de la queue. En héraldique, cela donnera un fond blanc avec des sortes de mouchetures noires réparties régulièrement. Pour le vair, il s’agit de la fourrure d’un écureuil au ventre plus clair que le dos, le petit-gris. C’est l’association des deux côtés du petit-gris qui donne ce drôle de motif géométrique.

Voilà pour ce qu’il en est de la nomenclature des couleurs en héraldique. À étape suivante de notre exploration, nous verrons  comment les associer sans contrarier les règles qui les régissent. Mais pour l’heure, je voudrais faire part d’une étrange méprise en lien avec ce que nous venons de voir et qui va briser un mythe. Pensez-vous qu’il fut aisé pour Cendrillon de se rendre au bal en pantoufle de verre ?  Bien que nous parlions d’un conte de fée, il apparait peu probable que le matériau fut assez solide et confortable. En fait, les chaussures de la future princesse n’étaient faites du verre dont on fait les bouteilles ou les vitres, mais de vair, la fine et précieuse fourrure du petit-gris. La confusion était facile à faire, mais ce qui est important reste, car la paysanne épouse le prince, ce qui veut que ceux qui s’aiment doivent s’aimer, quiconque soient-ils.

Lulu

(*) En héraldique, le mot gueules prend un « s » même s’il est au singulier.

Auteur : Luc Pallegoix

Artiste et auteur