Par la porte des éléphants

31206675_10155469348368225_6238701307545255936_nVoici un bijou de roman illustré, humoristique, concocté avec raffinement par Hélène de Blois et France Cormier Illustration. Un humour fin qui se nourrit des préjugés que l’on entretient parfois face à certaines oeuvres d’art ou face à ceux qui nous sont différents.

Tout dans ce livre est minutieusement conçu. Au départ, les caractéristiques physiques du livre séduisent: couverture rigide, format plus grand qu’un roman mais plus petit qu’un album, illustrations couleurs page après page, juste variation de la typographie pour accrocher le lecteur et la lectrice… Raffiné!

La créatrice France Cormier propose de très belles illustrations épurées et dynamiques, des cadrages variés et amusants. Une de mes préférées est celle où le petit garçon et son ami l’éléphant découvrent une des oeuvres maîtresse du musée qu’ils visitent: «Rectangle bleu sur fond bleu».

Ah! mais c’est vrai, je ne vous ai pas encore dit que ce roman raconte l’histoire d’un petit garçon et d’Émile, son ami éléphant. Les deux copains décident d’aller au musée par un jour de pluie.

Vous comprenez tout de suite qu’en soi, la situation est rocambolesque. Alors, imaginez pire. Surtout, imaginez qu’une chose incroyable – un événement extraordinaire – se produise, le tout en présence d’un gardien de musée à la vision fort restreinte de ce qui est permis ou non dans ce haut lieu de la culture. Vous voyez?

Essayez tant que vous voulez, vous n’arriverez jamais à imaginer ce qu’Hélène De Blois a ficelé comme intrigue avec son écriture rythmée et peaufinée.

La courte échelle peut se féliciter de publier un tel roman. Vraiment. Voici un exemple parfait de ce qu’on a envie de voir sur les rayons de nos bibliothèques et dans les mains des enfants. Une oeuvre de qualité, dans tous les sens du terme, et qui en plus les fera sourire.

Faut-il le rappeler? Les livres sont souvent les premières oeuvres d’art que les enfants croisent dans leur vie. Alors, osons leur offrir des ouvrages de qualité. Par la porte des éléphants propose un esthétisme que vos enfants méritent de découvrir!

De Blois, Hélène (2017). Par la porte des éléphants (illustré par France Cormier). Montréal: la courte échelle.

Sylvain Dodier

Acheter ce livre

Qui va bercer Zoé?

30704019_10155453708203225_8402133152662814720_nL’écrivaine Andrée Poulin et l’illustrateur Mathieu Lampron nous proposent une oeuvre d’une rare complicité. Mots et illustrations s’entrecroisent à merveille, s’entrelacent et se bonifient pour nous porter subtilement au coeur de l’émotion. Lampron sait jouer de la lumière comme Poulin joue des mots: avec simplicité et raffinement.

Cet album propose une histoire qui aurait pu être très lourde et fort complexe à raconter. Et pourtant, ce n’est pas le cas. On sort de ce livre le sourire aux lèvres, l’oeil un brin humide et le coeur ouvert… avec une envie folle de faire des câlins!

Encore une fois, Andrée Poulin se surpasse. Avec un minimum de mots, quasi découpés au scalpel, elle nous raconte l’histoire de Méo Lebel, un monsieur à la peine si grande qu’il ne peut même plus pleurer. Sa vie croisera celle de la petite Zoé.

Une mort, une naissance, un vieux monsieur, une gentille voisine… et un hôpital. Le décor est planté et les personnages dévoilés, mais je ne vous en dirai pas plus de peur de gâcher votre plaisir.

Je pourrais vous dire tant de choses sur la puissance de tout ce qui n’est pas dit dans cet album mais plutôt évoqué ou induit. Je pourrais aussi vous en dire plus sur l’intelligence émotive des deux créateurs et la nécessité de lire cet ouvrage en famille, mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Osez ouvrir cet album. Vous en sortirez illuminés par la tendresse. C’est promis!

Poulin, Andrée (2018). Qui va bercer Zoé? (illustré par Mathieu Lampron). Montréal: Éditions Les 400 coups .

Sylvain Dodier

Acheter ce livre

Rien du tout!

29595126_10155426596658225_4917282117014368033_n«Aujourd’hui, je suis un lézard paresseux. Un drôle de lézard, rêvassant sur le dos, le bedon au soleil». Voilà, tout est dit! L’intrigue est résumée.

Cet album est un très bel éloge à la dolce farniente, ce nécessaire «rien faire» pour que la beauté, intrinsèque à toute chose, nous envahisse. Pour que notre cerveau respire et que notre esprit vagabonde librement, telle une douce brise.

En cette époque où les enfants ont bien souvent un horaire aussi lourd que celui de leurs adultes, la petite Clara nous invite à l’arrêt. Elle nous donne l’exemple en se prélassant tout simplement au jardin par une magnifique journée d’été.

De double page en double page, mots et images se combinent magnifiquement pour nous apaiser, nous inviter à la paresse bienfaisante. Cet album est en soit une pause dans la frénésie de nos journées. De chaque page se répandent la paix et le calme… Ici, l’odeur du chaud gazon fraîchement coupé, ici la sensation savoureuse du soleil sur notre peau et là, le doux vole d’un akène de pissenlit qui se pose sur le bout de notre nez.

Ahhhhhhhhh! Cet album fait du bien. Point. Rien de plus, rien de moins. À laissez traîner sur toutes les tables de salon de ce monde bruyant et envahissant. Chut! Clara ne fait rien. Rien du tout! Et c’est tout bonnement savoureux. Essayez!

Jarry, Marie-Hélène (2016). Rien du tout! (illustré par Amélie Dubois). Montréal: Éditions de l’Isatis.

Sylvain Dodier

Acheter ce livre

Lucie et la libellule

29573401_10155406701708225_169745014284418811_nL’auteure Lucie Papineau et l’illustratrice Caroline Hamel nous proposent un conte MAGNIFIQUE! Un conte que je qualifie d’écologique. Il évoque les préoccupations d’une enfant, Lucie, celle qui sait faire sourire le soleil et prendre soin de notre «planète bleue suspendue comme un ballon dans l’immensité de l’univers».

Avant d’ouvrir ce grand album, installez-vous confortablement, comme si vous alliez ouvrir, par pur plaisir, votre coffre aux trésors. Coupez le téléphone et tout bruit environnant. Dans le chaud silence de votre nid, tournez la première page: «Il était une fois une petite fille nommée Lucie (…)».

Dès la première illustration de Caroline Hamel, qui s’étend sur une double page, vous serez transportés dans ce récit fantastique où la tendresse et la fragilité du vol d’une libellule peuvent changer le monde.

Superbement écrit, garni d’illustrations aux mille détails enveloppants, cet album vous fera voyager beaucoup plus loin que vous pourriez l’imaginer. Il vous transportera en vous-mêmes, là où l’espoir fait dépasser la tristesse et l’inquiétude, là où vous savez que le rêve est le plus puissant moteur de l’action.

Cet album est tout simplement, beau, beau et encore plus beau! Vous en sortirez avec, au coeur, l’intime conviction «qu’un minuscule événement» peut changer le cours des choses, que l’espoir est un voyage nécessaire et fabuleux. Voyage que je vous invite à faire, avec tous les enfants de votre entourage, petits et grands.

Et si le simple vol d’une libellule pouvait faire basculer les choses? Qu’en pense votre coeur d’enfant?

Papineau, Lucie (2017). Lucie et la libellule (illustré par Caroline Hamel). Paris: Éditions Auzou.

Sylvain Dodier

Acheter ce livre

Tu as un oiseau sur la tête

29249714_10155383611358225_7516742845936435200_nVous connaissez mon enthousiasme pour les albums pour enfants un peu déjantés, loufoques et attendrissants. En voici un qui m’a séduit au point de le relire une bonne vingtaine de fois. J’en ai encore le sourire aux lèvres!

Cet album fait partie d’une série créée en anglais par Mo Willems en 2007. Dix ans après, les Éditions Scholastic ont la géniale idée de nous offrir cette série en français!

Deux personnages y sont en vedette. Gérald, l’éléphant gris. Gris de peau et de comportement, trop prudent, pas vraiment souriant, gentil, mais toujours inquiet. Il y a aussi son amie Rosie, rose de peau et de personnalité. Rosie, le petit cochonnet, aime le risque, sourit et s’attendrit à tout moment. Rosie ne s’inquiète de rien! Vous aurez donc compris que tout est en place pour de superbes aventures rigolotes!

Cette série s’adresse à tous, des bébés jusqu’aux plus grands qui commencent à lire par eux-mêmes. À mi-chemin entre l’album traditionnel et la bande dessinée, ce livre propose des phylactères où le texte est en très gros caractères. Facile à décrypter et à lire!

Rien de superflu dans cet ouvrage. Que des illustrations épurées sur fond neutre, sans environnement, avec nos deux protagonistes en action.

Dans Tu as un oiseau sur la tête!, vous aurez deviné que c’est évidemment Gérald l’éléphant qui se retrouve dans le pétrin quand un oiseau, puis un deuxième (un couple d’inséparables) décident de nicher sur sa tête… avec tout ce qui peut en découler. Pourquoi les oiseaux nichent-t-ils?

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue. À vous de découvrir comment se terminera cette rocambolesque mésaventure. Vous ne pouvez même pas l’imaginer!

Mo Willems est un auteur-illustrateur à succès, plusieurs fois inscrit au palmarès du New York Times. Il a été écrivain et animateur de l’émission Sesame Street et a remporté six Emmy Awards.

Si vous ne connaissez pas ses créations, je crois que vous ferez-là une découverte qui vous emballera et saura séduire les enfants de votre vie.

En passant, c’est le parfait album à lire aux enfants. J’en profite pour vous rappeler que faire 15 minutes par jour de lecture à voix haute aux enfants, est l’une des méthodes les plus efficaces pour les faire progresser rapidement dans la maîtrise de la langue orale et écrite. Alors, on s’y met tous: 15 minutes de lecture à voix haute par jour!

Mo Willems (2017). Tu as un oiseau sur la tête! Toronto: Éditions Scholastic

Sylvain Dodier

Acheter ce livre

Moi, c’est Frida Kahlo

28471606_10155336027258225_5482225182905965665_nPour notre plus grande joie, l’auteure Sophie Faucher et l’illustratrice Cara Carmina collaborent à nouveau pour nous offrir un deuxième et sublime album portant sur l’artiste d’exception Frida Kahlo.

Dans le premier titre «Frida, c’est moi», nous plongions avec ravissement dans l’enfance de cette artiste mexicaine reconnue pour ses autoportraits à la chevelure fleurie. Avec ce nouveau titre, nous retrouvons Frida à l’âge de 18 ans.

Le récit débute par un terrible accident qui laissera Frida Kahlo physiquement diminuée. Faucher, avec la puissance d’évocation dont elle est capable, résume cette étape importante dans la vie de l’artiste en lui faisant tout bonnement dire: «Je suis Frida-en-mille-morceaux!».

Encore une fois, avec ses mots simples empreints de naïveté, mais oh! combien puissants, Sophie Faucher nous fait vivre plusieurs grandes étapes de la vie de Kahlo.

«Je suis Frida-qui-peint-au-lit», «je suis Frida-je-ne-sais-quoi!», «je suis Frida-qui-flotte, «je suis Frida-amoureuse!», «je suis Frida-qui-dit-oui!» «je suis Frida-déracinée!», Je suis Frida-solitude!», «Je suis Frida-le-cœur-brisé!».

Chaque double page nous raconte le parcours de Kahlo ainsi que sa rencontre et son histoire d’amour houleuse avec le peintre Diego Rivera. Histoire d’amour qui marquera tout le parcours artistique de Kahlo. On la suit dans ses voyages autour du monde. Nous la retrouvons aussi réfugiée dans son atelier, la création lui faisant oublier son chagrin et sa santé fragile. Peindre lui fait du bien.

Les illustrations épurées de Cara Carmina, comme dans le premier titre, nous plongent au cœur même de l’approche picturale développée par Frida Kahlo tout au long de sa carrière. C’est tout simplement magnifique!

Je l’avais dit pour le premier titre et je le répète, voici un album original. Un précieux bijou qui vous donnera envie de découvrir avec les enfants de votre entourage les œuvres époustouflantes de Frida Kahlo. Courrez chez votre libraire!

Faucher, Sophie (2017). Moi, c’est Frida Kahlo (illustré par Cara Carmina). Montréal: Gallimard Ltée Jeunesse-Édito Jeunesse. .

Sylvain Dodier

Acheter ce livre